Dans cette chambre plutôt silencieuse...
 
 

Dans cette chambre plutôt silencieuse, il se passe bien des tourments. Il s'en boit des verres. Il s'en broie des vers. Parfois, le silence est d'or, mais dans ce cas-ci, le silence est pesant, presque suffocant. Comme à son habitude, MayPle est installée dans son fauteuil roulant, devant son écran d'ordinateur, les yeux encore dans la rosée. Elle semble plus que jamais déterminée à mettre quelques mots finals à ses états d'âme. Il y en a eu des larmes sur ces douces joues innocentes. Pourtant, MayPle n'a jamais pleuré à cause de son handicape. Elle a su dès son accident qu'elle ne marcherait plus. Pourtant, elle a pleuré…

Combien de larmes peut-on verser ? Les compter serait aussi long et exaspérant que de compter le nombre d’étoiles au plafond. Cette femme exceptionnelle qui se bat sans relâche pour résister, survivre, se traîner… Pour les autres, MayPle est une battante, une femme forte comme il ne s’en fait plus. Une mère fière. Une amie des plus sincère. Son amour déborde de son cœur si immense. Pour elle cependant, cela est souvent lourd. Elle voudrait tant faire, mais elle est clouée à son fauteuil, mais surtout clouée par ces nuages noirs qui planent constamment au-dessus de sa tête… Toujours prêts à éclater en mille et une lames affilées.

Ce soir, elle est bien décidée. Elle a son petit « kit de survie » dans un tiroir tout près d’elle. Elle prend quelques minutes de plus de silence pour tenter d’être un peu plus sereine... En vain. Elle tend délicatement la main vers la poignée qui la rassure d’une drôle de manière, presque chuchotant à son oreille depuis si longtemps. Elle prend le contenu dans ses mains. Le plus beau de ses morceaux de lingerie cache cette réponse si évidente et claire dans son esprit. Ce tissu dessine la forme, puis laisse place à une arme à feu en argent. Elle ouvre la chambre des munitions et y trouve une balle, le point final à ses souffrances. Elle ne laisse ni à son cœur ni à son esprit aucune chance d’un dernier soupir et agrippe l’arme, après avoir enlevé la sécurité. Elle la monte vers sa tempe et appuie avec courage ou bien folie sur le chien. L’arme est chargée et prête à laisser un dernier cri. Elle est toute prête pour le saut dans le grand vide. Elle voit même son reflet dans le miroir sans même broncher sur ses positions. Cette fois, ce n’est pas une de ses nombreuses séances de pratique. Elle le sent au plus profond d’elle.

La fenêtre entrouverte d’une minuscule fente fait un léger sifflement. Un air un peu froid lui caresse la joue en un dernier adieu. Ses yeux aussitôt mouillés rendent son reflet de moins en moins visible… Elle entend à nouveau un sifflement. Faible, mais cette fois-ci différent. Au coup d’un troisième cri, son reflet devient plus clair que jamais elle semble ne l’avoir vu. Elle a bien entendu un cri… Elle met rapidement l’arme sous sa cuisse gauche et elle fait demi-tour dans son fauteuil. Elle ne se rend pas pour appuyer sur le bouton de l’ascenseur, mais ouvre la porte sur les escaliers. Elle s’engouffre à coup de bras et de main dans ce chemin rocailleux. Elle se précipite ensuite à l’extérieur de la maison. Il fait noir. Il fait froid. Elle sait que le cri ne venait pas de son esprit.

Elle regarde vers la ruelle devant chez elle. À gauche, puis à droite. Elle aperçoit à une bonne distance, ce qui lui apparaît d’abord être comme une ombre. Elle voit surtout une jeune femme couchée par terre devant cette ombre ténébreuse. Le regard vif et d’un air vengeur, elle se met à descendre la ruelle pour rejoindre ses deux invités. À mis chemin, les ténèbres font place à un homme dont les intentions sont limpides. La jeune femme sans défense tapote le sol derrière elle pour essayer de reculer. L’homme la prend rapidement par un bras et approche son visage du sien, avec un sourire étrangement charmant. MayPle s’y connaît bien en ce genre de sourire et elle continue sa descente à vive allure. Elle lance de toutes ses forces un cri de rage des enfers qu’elle semble avoir depuis si longtemps réprimé. L’homme relâche sa proie et se tourne vers un adversaire enfin à sa taille. Le sourire se défile de son visage qui devient un peu inquiet lorsque MayPle s’arrête à deux roues de lui et tire de sous sa cuisse le pistolet en argent. Elle le pointe directement sur le visage du traqueur. Il lui sourit et lui balbutie quelques mots qui aux oreilles de tous ne voudraient sûrement rien dire. Mais elle sait bien qu’il essaie de lui dire qu’elle n’osera pas.

Elle dégage le canon de la figure de l’homme, pointe le ciel tout en le regardant droit dans les yeux et tire ! L’homme tombe à la renverse après avoir sursauté. Elle approche à côté de lui. Tout près, lui montrant qu’elle a tout sauf peur de lui. Elle pointe alors l’arme entre les jambes du suspect et sourit. Leurs yeux se croisent et elle voit ainsi enfin la peur dans les siens. Elle appuie sur l’arme vide qui lance un ‘clic’. Il relâche un cri aigu et une grande tache humide vient marquer son pantalon. MayPle se redresse sur sa chaise et roule vers la jeune femme allongée. Elle réussit à la tirer vers elle, sur ses genoux. Elle approche sa joue de la sienne et lui chochotte que tout va bien. Les deux femmes commencent ensuite à rebrousser chemin vers la maison. L’homme, ayant un peu repris son souffle lance alors vers elles : « Alors, c’est tout ! HA ! » MayPle sans se retourner murmure cette fois-ci à l’oreille de la jeune fille : « Non. Ce n’est pas tout ! »

Un frisson apparaît alors sur la peau de MayPle et sans dire mot, elle sait maintenant le nom de sa nouvelle amie : Marigold. Ce qui semble être le même frisson fait de même sur celle-ci qui devine aussi le nom de cette tendre amie. Un air chaud et poussiéreux vient littéralement soulever le fauteuil roulant, puis le repose et se fraye un chemin directement sur l’homme en train de se relever. Jamais il n’avait vu un tel spectacle. Son corps tout entier se retrouve comprimé dans ce nuage de plus en plus sombre. Il réussit à se pencher pour ramasser le pistolet de MayPle, jette une main dans sa poche de manteau et en ressort une balle. Il la charge machinalement, appuie l’arme sur sa tempe et tire. Les deux femmes se retrouvent dans la chaleur de leur foyer. Elles n’avaient même pas jeté un œil vers la ruelle même en entendant le coup de feu, sachant toutes deux sans même douter qu’elles seraient libre de ce mal à tout jamais. Même le fauteuil roulant est resté devant la porte d’entrée ayant perdu toute forme d’utilité...

MayPle n’a plus jamais versé de larmes de tristesse depuis ce jour. Elle en a versé autant, et même plus, mais de soulagement, de bonheur et de bien-être. Marigold et elle, ainsi que ta terre au grand complet, dès ce jour commencèrent à goûter à la vraie vie. C’est par cet événement que débutèrent de nouveaux jours. Comme une nouvelle terre...